Le football, ce nouvel opium du peuple, est aussi et peut-être surtout une vitrine de notre pays, de ses forces et de ses faiblesses, de sa diversité et de sa rugosité, de ses vertus et de ses déficiences. Malheureusement, la représentation que l’on vient de donner au plus large des publics, aussi triste que lamentable, fait douter de nos capacités et de nos talents. L’Allemagne s’est fait surprendre par la Serbie, trop sûre d’elle-même, l’Angleterre a été tenue en échec par l’Algérie, l’Espagne a bafouillé son jeu, mais seule, l’équipe de France a ridiculisé son peuple. Jean-Jacques Rousseau affirmait avec raison qu’ « on a tout avec l’argent, hormis des moeurs et des citoyens ». Force est de reconnaitre que de trop nombreux joueurs ont oublié les bonnes moeurs, et sont indignes de notre confiance. Citoyen… celui qui appartient à une cité, en reconnait la juridiction, et est astreint aux devoirs correspondants… Citoyen…
Peut-être faudrait-il rappeler à certains que le courage
et la volonté sont mères de toutes les vertus, alors
même que le Chef de l’État vient de célébrer
vendredi 18 juin, le fameux appel du général de Gaulle :
« La flamme de la résistance française ne
s’éteindra pas ».A l’époque, il fallait un
grain
de folie ou une prescience peu commune pour refuser l’évidence
et concevoir une autre issue que la victoire totale de l’Allemagne.
Autres temps, autres moeurs, autres hommes aussi.
Et pourtant, la période actuelle exige des hommes
décidés et volontaires, aptes à braver le temps
des guerres économiques et des déficits, car en effet, si
rien de sérieux n’est fait dans l’orientation des finances
publiques, la dette française atteindra plus de 120 % du PIB en
2020. Notre pays, serait-il ainsi proche de la faillite ? « Le
risque est là », répond, non sans raison,
Jacques
Attali. « Si les prêteurs commencent à douter de
nous, les taux d’intérêt vont monter, et à ce
moment là, on sera en faillite, parce que nous n’aurons plus les
moyens de payer la dette ». Et il doit être fort clair
pour
chacun que la meilleure médication repose sur de réelles
économies, et non sur de nouvelles hausses d’impôts
préjudiciables à la croissance, sans laquelle nous ne
pourrons pas réduire l’endettement public et améliorer
l’emploi. Au reste, la Commission pour « la libération de
la croissance » présidée par l’économiste,
dresse un constat fort sombre de la situation économique. Oui,
notre niveau d’éducation régresse, oui, notre industrie
n’est pas suffisamment compétitive, oui, nos performances en
matière d’emploi sont médiocres, oui, nous souffrons d’un
manque de confiance de nos compatriotes dans la communauté de
leur destin. Mois après mois, le moral économique des
français se dégrade. Seuls, 20 % d’entre eux se disent
confiants dans l’amélioration de la situation économique,
alors qu’une écrasante majorité exprime sa
défiance. Nos politiques, l’Union européenne, et la
monnaie unique sont tous, à des degrés divers, mis en
accusation. Sans doute sont-ils aussi sensibles au « basculement
» de la richesse vers les pays du Sud et de l’Est (1) qui ne font
qu’accroître cette vague d’inquiétude, qui s’est
emparée des esprits dans le début des années 1990
lorsque 1,5 milliard de travailleurs chinois et indiens ont fait
irruption sur le marché mondial avec des coûts de main
d’oeuvre imbattables. Le socle de nos économies s’en est
trouvé ébranlé, mais surtout, le socle de la
confiance s’est dangereusement effrité. On redoute
désormais le déclin d’un Occident malade de son histoire,
saisi par le doute et le soleil noir de la mélancolie, si cher
à Nerval.
Allons, a-t-on envie de dire, un peu de ressort et d’énergie !
L’Europe peut, quand elle le veut, engager de profondes réformes
rendues nécessaires par une crise sans précédent.
Il faut, à cet égard, se féliciter de l’esprit de
rigueur qui semble animer les Chefs d’État et de Gouvernement.
Réunis jeudi 17 juin à Bruxelles, ils viennent de
décider de renforcer les sanctions contre les pays laissant
filer leur déficit. Décision indispensable alors que les
marchés ne cessent de tester le seuil de résistance de la
Banque centrale européenne, et continuent de parier sur un
défaut de la Grèce.
Décision juste et courageuse qui fait, en quelque sorte,
écho aux efforts entrepris par les États. Comment ne pas
saluer les récentes mesures engagées par le Gouvernement
espagnol pour réformer sa législation du travail. Une
plus grande souplesse dans l’aménagement des horaires, une
réglementation plus adaptée au monde dans lequel nous
vivons, autant de mesures opportunes qui contribueront à
dynamiser le marché du travail. Comme le souligne la
chancelière Allemande Angela Merkel : « Nous devrions
encourager l’Espagne en soulignant que c’est la bonne voie et qu’elle
apporte par ce biais, une contribution à la
compétitivité de toute l’Europe ». Il faut
également louer l’action de ceux qui nous gouvernent pour
ramener le déficit public à 3 % du PIB en 2013, contre 8
% en 2010 car réduire notre endettement, c’est préserver
notre indépendance et notre souveraineté. Mais, comme le
dit Claude Guéant, le Secrétaire général de
l’Élysée, « Nous devons faire plus, bien
sûr,
beaucoup plus ».
La chose est d’autant plus importante qu’il faut atteindre une
croissance de 2,5 % du PIB en 2011, hypothèse sur laquelle se
fonde notre plan de redressement. Or, rien ne dit que nous y
parviendrons. Le Fonds Monétaire International émet
à cet égard de sérieux doutes, et il n’est pas le
seul. C’est dire, une fois encore, que c’est la voilure même de
l’État et de ses démembrements qu’il faut réduire
en priorité. Voilure des droits acquis, des rentes de situation,
et des positions établies. Rappelons qu’en Allemagne, les
fonctionnaires, qui ne disposent pas du droit de grève, verront
leur traitement réduit de 2,5 %. Rappelons aussi qu’en Espagne,
comme en Grande-Bretagne, la baisse des traitements des fonctionnaires
de 5 % en 2010, est désormais actée, et leur gel est
programmé pour 2011. Bref, réduire cette voilure, c’est
améliorer la manœuvrabilité de notre économie et
l’adapter aux contraintes du siècle.
L’adapter, c’est aussi réformer nos retraites. Le Gouvernement
vient de présenter son avant–projet de loi, qui, mais c’est la
logique, satisfait certains, et mécontente les autres. En
vérité, c’est un texte qui va dans le bon sens, mais dont
on sait qu’il pourra être amendé, notamment en ce qui
concerne les carrières longues, la pénibilité et
les polypensionnés.
Le diable se cachant dans les détails… règlementaires, il
faudra donc veiller aux conséquences de ces amendements ultimes,
qui pourraient avoir de fâcheuses retombées pour la
compétitivité de nos entreprises, et partant pour
l’emploi.
Notes :
(1) Les pays de l’OCDE pesaient 60 % du produit brut
mondial en 2000, 51 % en 2010, et n’en représenteront plus que
43 % en 2030. Retour texte